Comment le look des rappeurs américains s’est « féminisé »

Baggy, grosse chaîne en or, t-shirt assez long pour cacher les genoux, casquette snapback, punchlines qui font crisser les dents des mamans du monde entier, textes profonds et débit de paroles digne d’une mitraillette… Même si cette image est quelque peu caricaturale, c’est globalement l’image que souhaitaient refléter les plus grands rappeurs des années 80 à 2000. Mais si les 50 Cent, Eminem et autres Jay-Z sont encore et toujours des stars du genre musical, une nouvelle forme de rap est arrivée, le « mumble rap » , et avec lui un tout autre style vestimentaire. Raillés par certains, encensés par les fans, ces looks toujours plus extravagants font aujourd’hui le bonheur des marques. Mais d’où vient cette nouvelle mode aux antipodes des origines Hip-Hop ?

 

Les années 80-90 : le couronnement du gangsta rap

 

A une époque où le potentiel du Hip-Hop ne faisait plus aucun doute, et après l’apparition des premiers groupes, une vague importante de jeunes imposèrent le rap comme l’un des mouvements les plus importants des Etats-Unis. Avec un style clairement inspiré de la street, du « hood » comme disent nos amis de l’autre côté du pacifique, ces rappeurs se battaient surtout à coup de chaines en or et de baggys pour démontrer une virilité nécessaire à la guerre East Coast / West Coast, tout en étant très attachés aux problèmes du ghetto et à une certaine hyper identification à la rue face aux inégalités sociales américaines. Si certains seront sortis du rang comme le célèbre MC Hammer, ils resteront marginaux face à une longue liste de Run DMC, Wu Tang Clan et autres groupes qui auront incarné à merveille ce rap hardcore qui effrayait les plus aisés.

 

Années 2000 : et l’extravagance entra en jeu

 

Alors qu’Eminem enflammait les foules ou que Notorious Big devenait le pilier du rap new-Yorkais, quelques artistes appartenant à la vague Hip-Hop ont lancé une pierre dans la marre, une pierre dont les ondes sont encore perceptibles aujourd’hui. Loin de ce combat de testostérone où ce que nous appellerons la féminité – pas de lien avec le sexe mais avec cette idée préconçue par la société – n’a pas sa place, des rappeurs comme comme Busta Rhymes, ODB mais surtout André 3000, commencèrent à s’éloigner des problématiques du hood et surtout arborer des looks impensables il y a encore 5 ans.

 

C’est d’ailleurs à la tête d’Outkast qu’André 3000 changera complètement le game. Alors qu’il s’était fait connaitre par un rap tout ce qu’il y a de plus classique, le natif d’Atlanta deviendra une légende grâce à des titre comme Hey Ya, Roses ou encore Prototype. Des morceaux et surtout des clips totalement lunaires qui choquèrent forcément à l’époque. Permanente, robe, voix aiguë, André 3000 repoussait les limites de la féminisation des rappeurs, tout en restant une curiosité. Si l’artiste reste marginal, c’est bien un courant qui influera énormément le monde du Hip-Hop. De Pharrell Williams à Kanye West en passant par Whiz Khalifa, tous ont troqué leur baggys pour des slims et des vêtements bien plus ajustés.

 

2010 : L’avènement du Mumble rap, la féminisation une norme

 

Lil Uzi vert, Lil Pump, tekashi 6ix9ine… Tous ont un point commun, c’est de faire partie de cette nouvelle génération de rappeurs. Véritables stars des billboards, ces artistes sont les principaux acteurs du « mumble rap ». Considéré comme un terme péjoratif par certains, cette expression est censée représenter cette nouvelle forme de rap, influencée aussi bien par la culture gangsta qu’hardrock, et présentant un flow beaucoup plus dansant que celui de leurs aînés. Et si ces influences, aussi étonnante soient-elles, sont clairement perceptible dans ce qu’on pourrait appeler de la trap, elles touchent également fortement le look de ses nouvelles « rockstars ». Vêtements féminins détournées, vestes à paillettes très cintrée, denses subjectives et cheveux colorés, tout y passe. Le pont entre ces nouveaux visages du rap et l’ancienne génération n’a jamais semblé aussi grand.

 

Si les rappeurs ont toujours profité d’une attention particulière des marques de streewear, comme en témoigne notre top des collabs sneakers x rappeurs, c’est aujourd’hui plus généralement la haute couture qui fait les yeux doux à ces nouveaux influenceurs. A la recherche d’une nouvelle manne financière, et conscient de la richesse de ces nouveaux artistes qui plaisent à toute une génération, le monde du luxe n’hésite pas à y piocher ses nouvelles égéries. Pas étonnant, donc, de voir les Migos concentrer l’attention à la Fashion Week de Paris. Et quand on se rappelle que Virgil Abloh est aujourd’hui le directeur artistique homme de Louis Vuitton, la tendance ne semble pas s’épuiser.

 

La France dans la lignée des USA 

 

Que ce soit en matière de cinéma, de musique ou de mode, les tendances mettent généralement quelques années à traverser le pacifique pour atteindre les contrées tricolores. Si le mumble rap n’est pas encore une normalité dans le paysage du rap français, les artistes, généralement franciliens, ont clairement été influencés par leur collègues américains. Toujours plus proches de la haute couture, toujours plus loin de la rue, ces rappeurs représentent une véritable césure avec les deux plus célèbres amoureux d’aéroport : Booba et Kaaris. Portée par des artistes comme Take a Mic, une nouvelle vague semble prendre le relais. Atteindra t-elle les sommets comme au pays de l’Oncle Sam ? On vous laisse laisser votre avis en commentaire !

 

PS : Un grand merci à Chris d’Hyconiq Mag pour son travail de recherche !

Adame
AuteurAdame
Pour moi, passionné par la basket et son incroyable univers fait d'anecdotes, de collaborations et d'innovations, partager l'actualité de la sneaker est devenu un véritable plaisir. Si la Nike Air force 1 et la Asics Gel Lyte III ont conquis mon cœur, chaque modèle a son histoire sur laquelle j'adore échanger avec vous.

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